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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/299

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comme autrefois, comme lorsque je me suis relevée de maladie ! J’avais retrouvé la blessure toute vive… Alors, je reconstituais, avec l’avidité du convalescent qui se précipite, je reconstituais, chaque jour, le bruit de votre trousseau de clefs, j’essayais de reproduire un petit toussement sec que vous avez quand vous êtes intimidé… Et à la campagne, donc !… Dans la forêt !… Je m’en suis souvent allée très loin toute seule, pour crier à l’aise : « Eh ! hop !… eh ! hop !… » et alors, les yeux fermés, j’imitais votre voix répondant : « Hep ! hop !… eh ! hop !… j’arrive ! j’arrive… » Oh ! je parvenais très bien à vous imiter… mais jamais, jamais je ne vous ai retrouvé…

(Elle fond en larmes à nouveau.)

JULIEN.

Et moi, moi, si je vous décrivais, Frédérique, ce qu’a été mon isolement, ma vie écœurée au milieu de l’activité… Mais je n’ai pas le droit de parler !… Et d’ailleurs, ce n’est pas pour m’écouter que vous m’avez fait venir… Sachez, en tout cas, Frédérique, que, malgré mon égoïsme, rien pourtant ne vous a remplacée… Vous êtes toujours en moi un souvenir sacré, une hantise ; j’ai essayé de m’en sortir, mais que tout m’a paru piètre à côté de vous ! Jamais je ne vous ai oubliée, mon amie !… Si j’en suis où j’en suis, et ce n’est pas brillant, je vous prie de le croire, c’est à cause de vous !… Je n’ai jamais aimé ma femme et, pas une minute, je n’ai même pu m’illusionner sur ce sentiment.


FRÉDÉRIQUE, (cette fois, a retrouvé sa décision. Carrément elle attaque.)

Heureusement, vous avez pris votre revanche avec Madame Tessier.