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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/296

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manière générale, et qui, cependant, vous renseigne si exactement, quand on me disait, par exemple : « II est heureux, il réussit, je crois qu’ils s’aiment bien… » je n’éprouvais rien ! Et, par contre, tout à coup, on me donnait un petit détail insignifiant… « Je les ai croisés à la gare de Toulouse à six heures du matin, ils prenaient leur café au lait, et je l’ai entendu qui lui disait : Dépêche-toi, dépêche-toi, qu’on ne nous prenne pas nos places… » alors, oh ! alors ! le cœur chavire… et l’on sait trop bien, pourquoi !


JULIEN, (retrouvant, dès les premiers mots prononcés par elle, cette extase admirative qui fut si longtemps la sienne.)

Ah ! vous êtes restée adorablement la même… Unique ! Unique !…


FRÉDÉRIQUE.

J’ai quatre ans de plus… ma fille a grandi… J’ai vieilli de cela.


JULIEN.

Pas d’une ride.


FRÉDÉRIQUE, (se lève.)

De mille ans ! (Maintenant ils se considèrent, face à face, avec un étonnement ému, de se trouver là, tout à coup, sans préparation.) Jamais je n’aurais cru que nous nous adresserions la parole un jour, et que nous pourrions le faire, sur ce mode tranquille… poli… Qui m’eût prédit cela ce matin, ?…


JULIEN.

En effet, pour que vous ayez surmonté l’émotion de nous revoir, il faut que ce que vous avez à me dire soit bien important !… (Inquiet pour elle.) Pas de mauvaises nouvelles nous concernant, au moins ? Je brûle de savoir…