Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/245

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nous interdisent la faute… Je suis aussi incapable d’y consentir de moi-même que de forcer un tiroir, de faire un faux… C’est instinctif… Cette malpropreté, si j’y cédais, aurait pour résultat que, dès le lendemain, je ne pourrais plus me regarder dans une glace… Ne le souhaitez pas !… Je vous jure que si cela arrivait, j’irais droit me jeter à l’eau…


JULIEN.

C’est exquis !… L’amour vrai ne parle pas ainsi. Sacrifiez-moi quelque chose de vous, votre salut éternel, ou vos devoirs d’ici-bas…


FRÉDÉRIQUE.

Ah ! autrefois, dans l’emportement de la jeunesse, qui sait ce que j’aurais fait ! Aujourd’hui, mon passé, toutes mes traditions me l’interdisent… Après un certain âge on ne peut plus se refaire une âme… Je vous aime, Julien ; je vous donnerais ma vie s’il le fallait, mais ne me demandez pas un corps auquel vous ne devriez déjà plus penser… (Soupir.) et que vous avez si peu de temps encore à désirer !

(Elle s’est approchée de lui, gentiment, tendrement, avec une coquetterie inconsciente, et lui a posé la main sur l’épaule.)

JULIEN.

Ah ! que vous regretterez plus tard, malheureuse !… quelles larmes vous verserez !…

(Il lui a pris cette main et l’appuie à ses lèvres, — et ses yeux ont l’air de se perdre dans l’avenir.)

FRÉDÉRIQUE.

Je sais bien que je me condamne… La seule chose qui me console, c’est de me dire que, si j’avais été votre maîtresse, c’eût été pire… lorsque vous m’auriez trompée, quittée !… Oh ! cela se-