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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/242

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FRÉDÉRIQUE.

C’est-à-dire que je suis une femme, une femme vieillissante qui n’avait plus rien à espérer ni à attendre de l’existence. En sorte que votre amour me donne une joie permanente ; ses contraintes mêmes valent mieux que la solitude, et il m’est devenu nécessaire comme l’air à respirer !… Tandis que vous avec vos vingt-huit ans, vous êtes là, piaffant, rageur. Vous êtes trop jeune pour savourer le bonheur d’être aimé et de répandre l’amour.


JULIEN, (s’asseyant près d’elle.)

Ne croyez pas cela ! S’il fallait, par une fatalité inexplicable, vous avoir à moi, tout en étant obligé de vous respecter, mais je le ferais, et avec quel cœur ! à la seule condition, par exemple, que nous vivions ensemble, même au fond d’une mansarde, sans un sou devant nous !… Songez que je n’ai pas une joie réelle, pas un droit sur vous et je ne vois pas se lever à l’horizon une issue quelconque.


FRÉDÉRIQUE.

Mais oui, Julien, je m’en fais assez de reproches ! Je compromets votre avenir et vous seriez en droit de me quitter. Tenez, une des raisons pour lesquelles j’ai gardé tant de reconnaissance à l’abbé Loyer, c’est que, justement, au lieu de vous accuser, dès le premier jour où je lui ai confié cette situation, il s’est écrié d’une façon si sincère et si touchante : « Oh ! le pauvre garçon ! » N’est-ce pas que c’est bien ?


JULIEN, (ricanant.)

Je le remercie infiniment, le bourreau plaignant sa victime ! Charmant ! Car, enfin, c’est à ce