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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/223

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MADAME DESROYER.

La souffrance vient tellement vite !


FRÉDÉRIQUE.

Comme vous êtes bonne ! Comme votre cœur est une jolie chose ! Il ne faut pas vous effrayer d’un sentiment nouveau mais sans péril…


MADAME DESROYER.

Comment veux-tu ! ce qui est nouveau m’effraie fatalement… À mon âge, le nouveau est sans avenir, alors tout ce qu’on peut faire, c’est d’être poli et de réserver bon accueil à ce dont on ne connaîtra pas même le dénouement !

(Elle pousse un soupir.)

FRÉDÉRIQUE.

Maman, que je vous aime de garder si gentiment, pour vos prières du soir, des reproches que vous ne m’avez jamais faits, des inquiétudes dont vous m’épargnez l’oppression… Votre influence n’a rien empêché parce que j’étais trop démontée, mais je l’ai ressentie tout de même, soyez-en sûre ! Quand je vous vois faire le tour de l’allée circulaire aux mêmes heures, avec votre mante rouge, vous êtes pour moi la règle, la grande aiguille du jardin… qui tourne en rond… Vous donnez à mon trouble le sentiment de l’ordre. Si vous n’aviez pas été là, qui sait ce que je serais devenue, ce printemps-ci ! Je me serais perdue peut-être !… Ah ! vous ne savez pas comme il est bienfaisant, dans ces moments où l’âme prend toute sa liberté, de sentir des espèces de régulateurs à côté de soi. Oh ! des riens quelquefois, mais qui suffisent… Le soir, seulement, le bruit du train de six heures dix qui passe, ah ! pour une âme qui bat la campagne, c’est un bruit très cal-