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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/218

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MADAME DESROYER.

Jamais de la vie ! Il y a six mois que je ne me suis senti d’aussi bonnes jambes !


MONSIEUR DE VILLEDIEU.

Vos douleurs vont disparaître avec l’arrivée du printemps, Madame Desroyer.


MADAME DESROYER.

Le printemps ! le printemps ! j’en suis revenue. Le printemps, c’est comme les enfants qui tarabustent les vieux et les font enrager en leur tirant les jambes. Si ce n’était mon accident d’il y a un an, je ne me serais jamais mieux portée et j’aurais pu envoyer cette bonne sœur au diable.


LA SŒUR.

Ne faites pas attention, Monsieur, je suis habituée aux rebuffades de Madame Desroyer. D’ailleurs elle a raison de ne pas me considérer comme sa garde ; je travaille au jardin potager, je sarcle, je bine.


MADAME DESROYER.

Elle bouchonne les chevaux et elle m’a appris à jouer au bésigue chinois… Il faut ça quand on vit seule…


FRÉDÉRIQUE.

Mère, ne vous plaignez pas de nous cette année ; jamais vous n’aurez eu vos petits-enfants aussi longtemps.


MADAME DESROYER.

Le fait est que vous m’avez gâtée !


ULRIC.

Vous les aurez eus trois grands mois.