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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/205

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femme qui n’a pas même murmuré ni bronché… Va, les liens charnels sont de peu de poids. Ah ! la vieille équivoque charnelle ! Le problème du cœur n’est pas là… j’en réponds !…

(Il regarde sa femme avec un sourire attendri. Madame Bouguet demeure fixe, hostile, dans son attitude de dégoût.)


BLONDEL.

Laurent, ne parle plus de cette ombre qui s’est abattue sur notre vie… J’ai peur d’y rentrer. Je ne veux penser en ce moment qu’au remords qui m’a étreint quand je t’ai vu chanceler tout à l’heure sur la prairie… J’avais poursuivi l’idée de la mort, je m’en rends compte, mais pas la mort elle-même. Ah ! si vous saviez, Madame Bouguet, ce que j’ai pu souffrir depuis cette semaine, au milieu de la trahison générale… j’étais comme un fou qui s’exalte tout seul… J’ai vu rouge. Pardon, Madame… c’est à vous d’abord que j’aurais dû penser !…


MADAME BOUGUET.

Non, Blondel, je ne vous pardonnerai jamais ! Il faut que vous le sachiez… vous entendez, jamais !…


BOUGUET.

Ne dis pas cela, Jeanne… Toi, tu peux t’élever au-dessus des actes… Blondel, la vie spirituelle, qui aurait dû nous sauver, n’a servi à rien cette fois ! Quel dommage ! Nous, les scientifiques, nous avons été comme les autres, comme des enfants. C’eût été si beau, pourtant, si beau de surmonter la matière, de rejoindre les vérités éternelles… mais tu ne l’as pas voulu… tu ne l’as pas su… Tu n’as été qu’humain… C’est peu ! Hélas, j’en sais quelque chose !