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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/203

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MADAME BOUGUET.

Ah ! si vous me l’aviez tué !… Mais, heureusement, il est là, le cher époux, il est là… bien vivant… à peine touché… Vous avez mal visé, mon cher !… C’est à refaire !… Je le guérirai, je vous le garantis… et il triomphera de vous… de votre haine basse !…


BOUGUET.

Jeanne… je me lève… prends garde ! Je me dresse.


MADAME BOUGUET.

Là, j’ai fini !… Seulement, je ne pouvais pas, je ne pouvais vraiment pas empêcher ce cri de sortir de ma poitrine !… Ne crains rien… maintenant… Parle-lui en toute paix… Il n’aura plus que mes deux yeux fixes pour le mépriser !…

(Farouche, elle s’assied près de la chaise longue, dans une attitude de défi.)

BOUGUET.

Excuse-la… c’est une femme… Elle a eu beaucoup d’émotion.

(Silence.)

BLONDEL, (est là, hébété. Une grande lutte intérieure se livre en lui. Tout à coup il balbutie, de loin.)

Pardon… Pardon…


BOUGUET, (avec un soupir d’aise.)

Ah ! je savais bien… je savais bien que tu aurais du chagrin.


MADAME BOUGUET.

Du chagrin ! Quel mot pour cette chose !


BLONDEL.

Je ne sais plus ce que j’éprouve, ce que je ressens… Je suis passé par dix ivresses différentes et affreuses. Et, tout à coup, te voir là… étendu…