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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/198

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trop dur à supporter, un moment pareil. J’en mourrai sûrement !…


BOUGUET.

Va-t’en, tu me fais un affreux mal…


EDWIGE.

Voilà, voilà… Je m’en vais !… Adieu ! Adieu !

(Elle retombe en sanglots contre la chaise longue, embrasse au hasard les mains, la couverture.)

BOUGUET.

Enfant navrée !… La vie n’a pas été non plus très juste pour toi… Efforce-toi de ne plus penser à moi, travaille… Tu verras, dans dix ans, je ne serai qu’un souvenir heureux !… Par pitié, laisse-moi… ma tâche est loin d’être terminée… (Sourdement.) Le plus dur est encore à faire !…


EDWIGE.

C’est vrai ; j’aurai trouvé encore moyen de vous martyriser par mon adieu éternel ! Oh ! mon ami ! Quel déchirement !… mon doux maître ! C’est fini, alors ?… C’est fini ?… dites, dites, dites ?…


BOUGUET.

Eh ! oui… Edwige !… Et ce n’est même pas un adieu !… c’est une bénédiction. (De la main il lui touche gravement la tête.) Bon courage !


EDWIGE.

Adieu, mon amour ! adieu, vous !… toi !… toi !…

(Elle marche à reculons, les mains désespérément tendues vers lui, puis sort en poussant des sanglots qui sont presque des cris. Alors, resté seul, il penche la tête en avant, prend son mouchoir et l’appuie sur sa bouche longtemps… Il le considère et ensuite le cache brusquement de la main libre sous un coussin. Il sonne sur un timbre à la portée de sa main. Quelques secondes après, entre Madame Bouguet.)