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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/164

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MADAME BOUGUET.

Ne détruisez pas le livre innocent !


BLONDEL.

Revanche pour revanche ! (À sa femme qui est à genoux, les mains tendues vers les feuillets.) Debout ! toi, debout ! (À Bouguet.) Ah ! je sais maintenant par où vous atteindre ! Dans ta pensée !… D’elle je te ferai veuf !…


MADAME BOUGUET, (suppliante.)

Pas notre œuvre ! Pas notre travail !…


BLONDEL.

Tout y passera… (À sa femme.) Et toi, au bercail !…

(Il la relève.)

EDWIGE, (avec une protestation hautaine de tout l’être.)

Vous prétendez ?


BLONDEL.

Tu t’étais dit : « Maintenant que le coup est lâché, je vais partir !… » Du tout… du tout !… Je te garde ! Tu entends… je te garde !… Tu entends, Bouguet, je la garde !… C’est ma femme !… Et tu vas marcher droit, s’il te plaît… Rentre… (Il la pousse du poing.) Chez nous, je te dis, chez nous… chez nous !…

(Il la pousse sauvagement par les épaules dans la villa, retrouvant le geste du guerrier ou du chasseur antique qui s’empare de la proie, et, pendant qu’il referme la porte sur eux, instinctivement toujours, Bouguet et sa femme tendent leurs mains, dans l’ombre, vers les feuillets épars ou déchirés.)

RIDEAU