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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/147

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MADAME BOUGUET, (les yeux dans les yeux.)

Est-ce cela qu’il fallait dire, Laurent ?


BOUGUET, (avec un emportement soudain.)

Non, c’est cela qu’il faut barrer, barrer !…

(Il a un geste qui zèbre l’air.)

MADAME BOUGUET, (le considère avec une expression atterrée.)

Est-ce vrai ?… Vingt ans… de cet amour… vingt ans de collaboration… il faut les barrer !… Est-ce cela que tu veux dire vraiment, Laurent ?… Ce furent donc vingt années de mensonge ?… (Brusquement.) À quand cela remonte-t-il ?… À quand ?


BOUGUET.

Je t’expliquerai… Oh ! Jeanne, j’ai des remords, mais pas celui que tu crois, pas ceux que tu supposes. Quand tu m’as heurté là, dans l’ombre de ce couloir, sache que je ne venais pas de sa chambre, je te l’affirme… Pas cela, non !…


MADAME BOUGUET.

Pourquoi ne m’as-tu pas avoué ? Je t’avais pourtant un jour demandé de le faire… Tu le pouvais. (Avec force.) Si, si, tu le pouvais… (Elle ressaisit le feuillet et lit.) « Cette collaboration qui a été ma gloire, cette affection qui a été mon honneur, à l’heure où on fête ce grand homme et ce grand cœur, je ne veux pas la diminuer par une feinte humilité… Je désire simplement qu’on lui conserve le caractère qu’elle a toujours revêtu à mes yeux. Elle n’a été grande que par la ferveur que nous avons mise dans le travail journalier et dans l’union la plus parfaite. (En lisant, ses yeux s’emplissent de larmes.) Et je suis heureuse, au milieu du concert d’admiration qui