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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/117

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temps en temps… que sais-je ?… tous les six mois… tous les ans ?… Que vous me preniez affectueusement dans vos bras, que vous mettiez un baiser sur mon front douloureux ! Aujourd’hui, vous avez embrassé des amis, des indifférents ! Moi seule, vous m’avez oubliée !…


BOUGUET.

Edwige, mon enfant, je comprends et je sens tout ce que vous dites, mais il y a entre nous un pacte conclu que je considère comme sacré. Je ne dois pas transiger avec lui. Ai-je besoin de te rappeler que si je ne me suis pas opposé à ce mariage, c’est uniquement parce que tu m’avais juré de rejeter toute mémoire d’une aventure qui fut si brève, de ne jamais y faire allusion. À ce prix seulement, j’ai consenti à ne pas dévoiler une vérité qui eût entraîné en effet des désastres ou des chagrins immenses. Ne me fais pas repentir d’un optimisme qui, pour qu’il se réalise, dépend uniquement de ta sagesse.


EDWIGE.

Je crois que j’ai tenu parole. Je ne me suis pas engagée à ne plus vous aimer dans mon âme, car, cela, je ne le pouvais pas !


BOUGUET.

Mais tu t’es engagée à faire tous tes efforts pour chérir ton mari… Et nous avons tous les deux escompté le temps et la sagesse, pour transformer dans ton cœur tout sentiment passionné, s’il en subsistait encore un. Ai-je eu tort de te croire ? J’ai trouvé qu’il y avait une très réelle beauté dans ce pacte, puisqu’il maintient l’équilibre de toutes ces existences, qui auraient pu être compromises, et dont tu es pour ainsi dire la clef de voûte !