Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/87

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



LEPAGE, (baissant la voix.)

Parce que… au moment de votre mariage, vous désiriez peut-être ne plus vous sentir une écolière… Eh bien, tant pis, il faut vous muscler, satanée gosse ! Ce front a été touché trop jeune par la gloire, ou, du moins, vous l’avez aimée trop jeune !


THYRA.

Ah ! ça, oui, je puis le dire. Il n’y a de vraies anxiétés et de vrais bonheurs que dans les choses de la gloire… Ma devise : Gloriae cupido !… Être quelqu’un, Lepage !


LEPAGE.

Pauvre enfant !… Quand vous en reviendrez comme moi, que direz-vous ?


THYRA.

Je n’en reviendrai peut-être pas !… Il est des bateaux auxquels la mélancolie du retour est épargnée… Ils ont disparu dans l’ivresse !


LEPAGE.

Ah ! la voilà qui s’emballe avec ses petits calots éberlués… Je vous trouve épatante, quand vous parlez des choses qui vous enthousiasment ou de vous-même !… Vos petits doigts remuent… En parlant, vous venez de faire le geste du discobole !


THYRA.

Ah ! c’est qu’en effet je voudrais lancer le palet loin, très loin, avec un bras vigoureux… Vous savez, plus le palet est lourd, pesant, plus il va loin… Quelle cruauté, si le bras retombait inerte le long du corps…