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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/35

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Bashkirtseff et je me suis expliqué dans une lettre à ce sujet ; je n’y reviens plus. Assimiler la vie de Marie Bashkirtseff à celle de mon héroïne est abusif ; son journal est là comme un démenti irréfutable. Ce n’est pas Marie Bashkirtseff qui m’inspira le drame, mais, cet été, en l’écrivant, je relus ce journal que je n’avais pas ouvert depuis mes premières années d’atelier… Je fus frappé de l’analogie, non des faits, mais de la situation. Et, sur l’ange de la mort et sur le démon de la gloire, la malheureuse et orgueilleuse Marie écrivit certains traits frappants, d’une grande beauté ; je les ai transcrits fidèlement ; ils ont pris leur place au cours de ces dialogues enfiévrés et, si j’ai laissé le nom de Lepage, ce maître de Thyra de Marliew, c’est que je désirais avant tout que l’on ne se méprit pas sur l’attribution de quelques phrases qui appartiennent en propre à Marie Bashkirtseff, dont les entretiens avec son maître Bastien-Lepage nous sont pour ainsi dire parvenus par la voie de ce journal, si éloquemment vécu. Mais je répète que toute confusion est impossible.

La vie de Marie Bashkirtseff est trop connue pour qu’on puisse lui attribuer les agissements d’une Thyra, qui se jette dans l’absolutisme plastique, par désespoir, au moment même où elle découvrait le monde moral, terre promise dans laquelle il ne lui aura pas été permis d’entrer !

Entre autres références d’authenticité, j’affirme que mon héroïne est, au surplus, conforme à la vérité scientifique. Je n’ai pas été paradoxal en montrant la mentalité d’une Thyra. De mon temps, au moins, jeune homme, elle était exacte, quoique je l’aie stylisée. C’est nettement le type des « tuberculeux intellectuels », comme l’a écrit