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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/29

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encore couché qu’avec leur femme de ménage. Ceux-là tout les ennuie, tout les excède, tout les assomme : ils sont rassasiés, blasés, usés, inaccessibles. Ils connaissent d’avance ce que vous allez leur dire, ils ont vu, senti, éprouvé tout ce qu’il est possible de voir, de sentir, d’éprouver et d’entendre ; le cœur humain n’a pas de recoin si inconnu qu’ils n’y aient porté leur lanterne. Ils vous disent avec un aplomb merveilleux : le cœur humain n’est pas comme cela ; les femmes ne sont pas faites ainsi, ce caractère est faux. — Vous croyez, Monsieur, que votre fable est neuve ? Elle est neuve à la façon du Pont-Neuf : rien n’est plus commun ; j’ai lu cela je ne sais où, quand j’étais en nourrice, on m’en rabat les oreilles depuis dix ans. »

Ceux-là se plaignent continuellement d’être obligés de voir des pièces de théâtre et de lire des livres.

Il y a aussi la critique prospective. La recette est simple. Le livre qui sera beau et qu’on louera est le livre qui n’a pas encore paru. Celui qui paraît est détestable.

Toujours, le critique avance ceci ou cela avec aplomb. Il tranche du grand et taille en plein drap. Absurde, détestable, monstrueux, cela ne ressemble à rien, cela ressemble à tout. On donne un drame, le critique le va voir ; dans sa feuille il substitue son drame à lui au drame de l’auteur, il fait de grandes tartines d’érudition, et traite de Turc à Maure des gens chez qui il devrait aller à l’école et dont le moindre en remontrerait à de plus forts que lui.

Les auteurs endurent cela avec une magnanimité, une longanimité qui me paraît vraiment inconcevable. Quels sont ces critiques au ton si