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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/260

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THYRA.

Je vous dois toute la beauté qui m’a enivrée près de cinq années…


LEPAGE.

Bah ! Vous exagérez mon influence.


THYRA.

Comme un sourcier, vous m’avez appris à trouver de la beauté plastique partout… même dans la mort.


LEPAGE.

Je suis un vieux sculpteur qui ne sait pas tant de choses ! Je m’estimerai content si, au soir de ma vie, je puis dire que j’ai bien travaillé avec ces deux grosses pattes que voilà… et que je vous demande la permission de fourrer derrière mon dos de peur peut-être que vous ne les voyiez trembler !


THYRA, (derrière lui, appuyée à la table, à voix basse.)

Lepage, soyez sincère, m’avez-vous aimée ?


LEPAGE, (se retourne.)

Mais…


THYRA.

Osez toute votre pensée, je veux savoir si vous m’avez aimée… d’amour.

(Un silence.)

LEPAGE.

Je ne vous en ai, en tout cas, jamais rien dit !


THYRA, (avec une expression fière.)

C’est encore plus beau ! Mon bon maître, vous avez été ma pensée la plus haute, la plus altière et peut-être la plus fervente… (À mi-voix encore.) Qui sait ? Si vous l’aviez voulu fortement, à une époque de ma vie !…