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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/167

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PHILIPPE.

Si vous ne m’aviez pas donné l’horreur de tous les mots dont se servent les femmes qui tombent pour grandir leur vilenie, je vous dirais que vous avez fait une hécatombe de tout !… Mais je ne regrette rien ! Tôt ou tard, vos instincts se seraient révélés et vous auriez fait table rase de notre amour, en trouvant encore mille bonnes excuses ! Ah ! ils auraient ronflé, les mots sonores !…


THYRA.

Ne soyez pas méchant !


PHILIPPE.

Ce petit mot : méchant !… Dites au moins cruel ! Cruel… comme une femme sait l’être ! Ah ! oui, cette fois, c’est bien fini entre nous, bien fini, Thyra (Il la tient aux épaules.) Et qu’il vous reste la dernière expression de mon visage ! Tenez, je ne vous demande plus rien !… Gardez vos ignobles secrets, vos vœux suspects, allez retrouver votre bellâtre, descendez d’échelon en échelon, de l’anonyme au passant, de…


THYRA.

Philippe !


PHILIPPE, (se ressaisissant au moment même où il la rudoie.)

Il vaut mieux que le dégoût me chasse ! Une minute de plus, je ne répondrais pas de moi-même… Je m’enfuis comme devant une maison en feu… Addio, per sempre !…

(Il se précipite vers la porte en prononçant machinalement des mots italiens.)