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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/162

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j’avais les yeux ouverts ! Avant vous, j’ai eu des toquades d’enfant… j’ai éprouvé des sensualités… Même dans le travail… tenez, face au modèle, quelquefois… à cause d’une forme, d’une couleur… quelque trouble étrange… Si vous lisiez mes cahiers, vous le verriez… J’ai eu la hantise de certains yeux… et, quand vous m’appeliez votre perle chaude, l’expression était juste. Certes, j’ai repoussé toujours hautainement toute tentation, car j’ai l’orgueil de moi et de ma destinée à un point fou ! Mais j’ai parfaitement senti l’éveil de mon être, entendez-vous !… Et ce n’en est que plus cruel aujourd’hui !… Oui, je l’ai attendue la vie, la vie chaude qui m’aurait prise, étreinte, serrée !… Et, dans ce désastre abominable d’hier, je l’ai appelée, de tout mon désespoir, la réaction de la vie !… Pas le froid de la mort ! Par pitié, la chaleur encore, la chaleur de tout ce qui palpite, de ce qui est jeune, sain et beau… comme le refuge suprême !… Je les ai appelés à mon secours, du fond de moi, les instincts qui sauvent… puisque rien de ce qui est durée ne m’est plus permis !… Et, comme on se suicide en un cri d’adoration et de rage vers la vie, je me suis livrée, au moment qui passe !… Être la cellule emportée qui germe et qui meurt !… N’être plus que la chose ardente, animale, désespérée, mais avoir été !… avoir été !… J’ai regardé mon corps, mon tendre corps de vingt ans qu’aucune décrépitude n’a encore touché, j’ai regardé ma gorge respirer bien à l’aise… et, pleine de pitié pour moi, j’ai tendu mes bras, hors du cercueil, vers mon image vraiment pitoyable, vers toutes les images… Puis, revêtue de ces étoffes, de ces bijoux, je me suis enfuie pour me ruer enfin vers le tumulte, pour étouffer le glas sinistre de mes oreilles, appe-