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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/141

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PHILIPPE.

Seulement, à la dernière minute, un remords ou simplement un reste d’honnêteté, si ce n’est le désir pur et simple de sa liberté, l’ont empêchée de commettre la suprême infamie ! Elle a eu peur…


MADAME DE MARLIEW.

Peur ?…


PHILIPPE.

Le sais-je ?… De la révélation, de la lettre anonyme, du chantage d’un amant… Quand on en est où elle en est, dans le domaine de la débauche, peut-on rester maître de sa vie ou de ses actes ? Ils appartiennent à tous !


MADAME DE MARLIEW.

Que voulez-vous que je réponde ? Vous voyez, Monsieur, une pauvre femme éperdue !


PHILIPPE.

Mais ce n’était que trop naturel, d’ailleurs, Madame ! Une femme artiste, une jeune fille habituée, comme je le lui avais dit déjà, à la licence des yeux, à la camaraderie des hommes. Voilà trois ans qu’elle vivait de la vie d’atelier. Ses sens, à vingt-quatre ans, devaient être nettement éveillés. Oh ! je reconstitue facilement ! Tenez, elle a dû, par hypocrisie, par nécessité, tomber dans les amours faciles, les contacts brefs. Vous savez, les anonymes, les inférieurs !


MADAME DE MARLIEW, (tout à coup.)

Mon Dieu ! mon Dieu !… Maintenant, à mon tour aussi, je reconstitue. Vos paroles m’éclairent. Oh ! quelle horrible chose, Monsieur !… (Elle baisse la voix instinctivement.) Hier matin, en effet…