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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/118

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vous n’en doutiez pas… cela ne change rien à la résolution que j’ai prise, et dont je n’ai même pas averti ma mère. Je vous le redis une dernière fois très doucement, très gentiment, en souriant comme je peux… pianissimo… mais vous devez voir à quel point je suis décidée !


LE PRINCE, (se levant brusquement.)

Allons, allons, c’est sérieux ?… Quelle est cette histoire ?


THYRA.

Croyez-vous que je puisse dire quelque chose de cet ordre par badinage ? Croyez-vous, Philippe, que j’éprouve toujours profondément… ce que j’éprouve ? et que mes idées soient des résultats de moi-même ?…


LE PRINCE.

Vous m’effrayez !… Ah ça ! je vous avertis, ma chère, qu’il ne faut pas avec moi jouer de ce jeu-là ! Je suis brutal, très susceptible… prenez garde !


THYRA, (vivement.)

Je ne suis pas sûre de vous donner le bonheur ! Alors, il vaut mieux ne pas tenter l’aventure… Je me connais, je suis remplie de doutes, et de doutes motivés. Quand on n’est pas certain du bonheur que l’on peut apporter, on n’a pas le droit de préparer des déceptions… des solitudes douloureuses.


LE PRINCE.

Si je vous comprends bien, ce n’est pas de moi que vous doutez, c’est de vous ?


THYRA.

Je doute, mon ami, de mon accord avec la vie, et ça revient au même !