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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/106

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phonographique. Quelques notes très pures, s’en échappent ; on écoute très surpris. Au bout de quelques secondes, la voix enfle, et Madame de Marliew se lève subrepticement et fait signe aux personnes qui sont là. Elle montre Thyra qui, assise, pleure. On s’émeut. Sa mère, sur la pointe des pieds, va jusqu’au phonographe et l’arrête. Thyra, se levant.) Le passé !… Quelle caricature ! Et cela aussi n’a eu qu’un temps…

(Elle prend le rouleau des mains de sa mère et le jette à terre.)

CORNEAU, (se précipitant.)

Oh ! quelle méchanceté ! c’est affreux !

(D’autres personnes s’exclament.)

THYRA.

Mais non, mais non… Vous voyez, ça me faisait toujours trop de mal à entendre. Du reste, rassurez-vous, je suis plus économe que vous ne le croyez ! J’ai deux ou trois rouleaux encore en provision.

(Elle se met à rire.)

ARTACHEFF.

Mais c’est un crime ce que vous venez de faire là !


CORNEAU, (bas à Lignières.)

Je trouve cette minute d’un tragique moderne extraordinaire. La femme écoutant sa propre voix disparue ! la confrontation de l’âme et de la machine.


MADAME DE MARLIEW, (s’approchant de Thyra.)

Thyra ! Thyra ! Tu as de la peine, je te sens énervée.


THYRA, (excédée.)

Rien. Allez-vous-en, voilà tout. Emmène-les, je t’en prie !