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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/88

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ARMAURY.

Bah ! tu aurais toujours été aussi parfaite… Des statues divines comme toi ne peuvent jamais être mutilées… Regarde la Vénus de Milo, il lui manque bien plus que les cheveux… Et encore toute statue est d’un travail si enfantin, à côté de toi ! Je me demande comment il peut y avoir des choses aussi parfaites, aussi subtiles que le dessin de tes ongles, aussi attendrissantes que les ailes de ton petit nez palpitant, que la courbe de tes jambes qui ont l’air de se caresser toutes les deux sous la robe… et quand tu dors, le mouvement de ta gorge, posée sur ton sommeil !… (Diane, assise, le torse droit, écoute ces paroles avec un léger mouvement oppressé de la gorge. Lui, la voix rauque, basse, lui parle en lui tenant les poignets.) Dianette, je suis fou de toi, Dianette ! Oh ! je ne suis pas un voluptueux, ne le crois pas… Le fait d’avoir osé te prendre toute est, aux yeux des autres, une infamie ; aux tiens, c’est la preuve même de la franchise et de l’honnêteté de mon désir… de ma passion totale… Car tu es ma raison d’être… Ma raison d’être ? Tu ne connais pas ça, toi ?… tu n’en as pas besoin encore, tandis que moi, sous ces apparences de parfait mondain, d’avocat parisien… ah ! si tu savais quel homme je suis… quel homme j’étais… plein d’amertume et de déceptions. Et tu es venue… tu es venue avec ton soleil, avec ta voix d’enfant, et tu m’as apporté la vérité, la vie. Petite, tu ne sauras jamais ce que tu représentes pour moi. Mais, sois assurée d’une chose, c’est que je vais tâcher de te conserver avec une passion effrayante, effrayante… de te mériter… Je vais tâcher de te servir de marchepied. J’aurai vite fait d’écarter tout danger devant toi… Tu ne sentiras pas,