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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/49

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DIANE.

C’est pourtant comme ça… Il y avait trois semaines à peu près qu’il me suppliait de venir, et moi je ne voulais pas, je remettais toujours. Alors, il s’est mis à bouder, il m’a dit qu’il était très malheureux… J’ai cru qu’il allait partir… J’ai accepté… et exprès ce jour-là, parce que je pensais que justement je reviendrais après… (Elle baisse machinalement la voix.) cinq heures du matin, et que vous seriez partis ainsi que le garde.


LE DUC.

Et tu as osé, tu as osé te lever, descendre nuitamment, t’en aller ?


DIANE.

Il m’attendait au fond du jardin ; c’était convenu… il pleuvait à torrents ; je suis descendue sans souliers, j’ai traversé tout le jardin à travers les flaques…

(Elle s’arrête, la voix torturée.)

LE DUC, (impérieux.)

Continue, continue…


DIANE, (après une longue respiration.)

Au bout du jardin, il m’a prise, il m’a enveloppée dans un grand manteau, il m’a portée… Nous avons traversé ainsi tout le village… Les chiens réveillés criaient à chaque maison… (Silence. Les yeux baissés, elle reprend.) À cinq heures du matin, je suis revenue toute seule. J’ai entendu au loin vos premiers coups de fusil, je suis montée ; maman dormait, je me suis recouchée… j’ai dormi…


LE DUC.

Et cette équipée, prétends-tu, ne s’est pas renouvelée ?