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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/33

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LA DUCHESSE.

Vous ne m’en direz jamais assez. Je me rends compte que j’aurais dû être plus sévère. Mais je vous jure que l’on n’aurait pu rien soupçonner : ç’a été mené en sourdine, d’une façon extraordinaire ! Elle était très libre, je ne dis pas, elle flirtait, c’est vrai, mais pas plus que toutes les jeunes filles… Songez ! Lui, un homme marié… elle, une enfant, une véritable enfant ! Je n’aurais jamais cru cela possible.


L’ABBÉ.

Hum ! hum ! J’ai l’habitude des enfants !… Leur esprit expérimental est terrible, Madame la duchesse. Puis, malgré tout vous auriez dû réfléchir qu’elle avait tout de même ses dix-huit ans.


LA DUCHESSE.

Dix-huit ans ! On ne s’en aperçoit que lorsqu’elles en ont vingt ! C’est nous, les mères, qui leur commandons leur première jupe longue chez nos couturiers, et nous sommes les seules qui ne nous en apercevions pas.


LE DUC, (agacé.)

Cependant, sapristi, tu aurais bien dû t’apercevoir des assiduités d’Armaury, à Dinard, ici, partout… il était collé à vos jupes… avec ou sans sa femme… (Levant les bras.) car celle-là… qu’est-ce que c’est encore que celle-là !…


LA DUCHESSE.

Mon ami, vous n’avez pas idée de l’habileté que sait déployer tout homme qui veut séduire une jeune fille ; c’est prodigieux. D’abord, il ne fait la cour qu’à la mère et ne dit que des choses désa-