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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/26

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femme est aussi atteinte que moi, mais, comment dire ?… la portée morale de ce qui nous arrive ne l’atteint pas de la même façon, comprenez-vous ? Elle est aussi affligée, elle est moins indignée. Les femmes, malgré tout, ne sont jamais tout à fait indignées par l’amour. Et puis, c’est étrange, la pureté de leur fille, — est-ce parce qu’elles sont femmes ?… — n’a souvent pas, à leurs yeux, la même valeur représentative… tandis que pour moi, moi le père… c’est un effondrement infini !… Oh ! je ne parle plus même de l’avenir perdu de la malheureuse… car, socialement, elle est perdue… je pleure aussi égoïstement ; je fais allusion à la joie charmante qu’il y a à caresser le visage pur de sa fille, à presser, le soir, le corps intact de son enfant… C’est une présence dans la maison, sur toute la vie, si délicate, si joyeuse !… Ah ! on a raison d’attacher à la virginité cette superstition de bonheur !… Et maintenant, mon enfant flétrie… abominablement viciée… devenue vilainement femme !… Tenez, je me sens devenir fou de rage, je ne sais pas ce que je me déciderais à faire…. Oh ! vengeance, vengeance du plus laid des crimes !


L’ABBÉ.

Non, vous ne vous porterez à aucune extrémité !… Je vous en conjure… Vous le devez pour l’avenir de Mademoiselle Diane… Le silence !… le silence surtout !


LE DUC.

Parbleu ! Je le sais bien, nous sommes jugulés… Il n’y a rien à faire contre ce cochon-là !… Il est bien tranquille ! Il peut aller porter ses jolies mœurs dans d’autres familles, il n’aura pas tous les jours une proie de race dans le genre de celle-ci !… Et comme c’est bien d’un roturier, d’ailleurs,