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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/214

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LUI.


Mais non, je n’ose pas. Ah ! bah !J’ai peur du temple…
Pas l’appréhension… la gêne…


ELLE.


Pas l’appréhension… la gêne…Par exemple !
Mon cher, surmontez-vous… Entrez, entrez sans hâte,
Mais entrez… méfiant qu’il faut que l’on rassure…
Vous verrez… C’est bien !…


L’OMBRE, (revenant au fond sur la pointe des pieds.)


Vous verrez… C’est bien !…Pour une femme délicate
quelle chambre ! Ah ! mon pauvre amant ! J’en étais sûre.
Si tu voyais ce bleu, ce bleu, ce bleu d’azur…
Je te connais, le ton commun et la laideur
hostile de ce lit, — parfum très fort, odeur
bête ! — tu ne pourrais jamais les supporter…
Amant, redoute cette chambre avec prudence !


LUI, (brusquement, revenant à elle et l’emhrassant avec un petit éclair de rage dans les yeux.)


Et puis la chambre, ça n’a aucune importance !
Il n’y a qu’un décor et qu’une volupté.
Vous seule, petite âme !…


ELLE.


Vous seule, petite âme !…Oh ! le mot est charmant !
Petite âme ! C’est votre premier mot aimant,
mais ce n’est pas pour moi qu’il fut trouvé.


LUI.


mais ce n’est pas pour moi qu’il fut trouvé.Encor !


ELLE.


Oui, c’est pour elle. Aviez-vous l’art des mots qui touchent ?
Vous vous donniez des noms ?…