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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/180

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GASTON, (de toute son énergie, en fixant Armaury.)

Rien, rien ne pourra me faire changer. Vous êtes en face d’un dilemme…

(Fanny, muette, s’est accroupie sur elle-même. On dirait qu’elle guette, prête à intervenir.)

ARMAURY, (éclatant.)

Ah ! c’est trop, cette fois !… Hors d’ici !… Monsieur !… Sortons, vous et moi !… Tout ce que vous voudrez, soit, mais plus en présence d’elles ! Venez donc ! Vous avez raison… Advienne que pourra !… J’en ai assez de cette inertie, j’étouffe !… À nous deux ! Sortons ! Et que cela finisse !

(Diane s’interpose et étend son bras jusqu’à toucher du doigt la poitrine de Marcel.)

DIANE.

Non, non !… Calme-toi, Marcel !… À mon tour, je vais te demander quelque chose et puis ce sera tout !… (On la voit hésiter à parler, comme se recueillir, puis avec un effort immense, et les lèvres tremblantes, elle dit :) Pourrais-tu, sans mentir… ici… oui… pourrais-tu aller jusqu’à m’affirmer que c’est moi que tu as le plus aimée, que c’est moi que tu aimes le plus !…

(Et alors, debout, elle enfouit sa tête dans ses deux mains pour ne plus rien voir, en attendant la réponse. Il y a un instant de stupéfaction générale, un silence d’angoisse et de malaise atroce. Le frère s’est approché, presque indigné, révolté de la question, il regarde Madame Armaury, avec commisération ; mais celle-ci n’a pas sourcillé. Seul, Marcel, accoudé à la cheminée, est en proie à une grande agitation intérieure.)


ARMAURY, (tout à coup.)

Oui, je comprends… malgré la cruauté de la