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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/168

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FANNY, (dans un grand geste désespéré.)

C’est commode à dire !… On peut déclarer qu’un amour est frappé à mort, prononcer tous les arrêts que l’on voudra… oui, mais la séparation de la chair ne se fait pas aussi aisément !… Tu as tué notre amour vivant, d’un coup net, comme on coupe la tête d’une bête ; mais regarde, les tronçons s’agitent… la chair remue encore… Non, non, l’amour ne meurt pas comme ça, tout de suite, Marcel… attends encore, attends encore un peu… Dis-toi, pour l’instant, que j’obéis à quelque chose de machinal… C’est nerveux probablement… Oh ! du reste, je n’ai pas l’intention de te gêner, je vais passer la nuit éveillée, moitié dans ma chambre, moitié dans le corridor… Mais, demain, j’aurai avec ce garçon une explication et je te jure bien que je saurai lui faire réintégrer Paris et son Saint-Cyr !… À l’heure actuelle, il s’agit simplement de conjurer le coup, de le parer… (Depuis quelques instants, sans s’en apercevoir, elle joue avec une épingle d’écaille de Diane, que sa main a prise dans les coussins… Ses yeux tombent sur cette chose qu’elle a entre les doigts… Elle jette brusquement l’épingle sur le tapis. Silence.) As-tu un verre d’eau, là ?… j’ai soif…


ARMAURY.

Oui.

(Il va à la table. Quand il a apporté le verre rempli, et pendant que Fanny boit, il fait habilement disparaître de la main un peignoir qui traînait et le jette dans la salle de bains. Elle voit le geste et dit :)

FANNY.

Ne te donne pas la peine, va ! Je ne regarde rien !… Depuis que je suis entrée ici, c’est le tapis que je fixe… Je ne sens même pas ce parfum de