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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/409

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fond de toute la faiblesse humaine… Qui sait, Charlotte, si, un jour… oh ! bien plus tard !… notre ancien amour, qui a été une chose si bien, si charmante, ne pourra plus nous revenir… non plus pareil… moins clair certes, différent, mais peut-être même agrandi… oui, plus grand d’avoir été faible, coupable !… L’amour déchu, c’est de l’amour humanisé. Oh ! je m’illusionne peut-être, mais n’y a-t-il pas là, au bout… tout là-bas… comme une aurore nouvelle, comme une espérance ?… Est-ce impossible ? L’oubli ne dépend pas de la volonté, mais songe, songe… peut-être un jour… oh ! très loin, très loin… songe à cette chose que je n’ose pas prononcer encore, tant elle apparaît surprenante, le pardon !… Oh ! je ne m’y engage pas, je ne peux pas te donner de trop beaux espoirs, mais je me scrute moi-même, si c’était possible… un jour… songe… le pard… (Il s’interrompt, inquiet. Il s’approche du canapé à pas de loup. Il regarde sa femme ; sous la grande lampe qui l’éclaire, elle respire fortement, calmement. Il s’aperçoit qu’elle est endormie. Il a un mouvement de rage et de fureur.) Ah ! par exemple ! Ah ! par exemple ! Elle dort ! (Il lève le poing comme pour la frapper, puis, il le laisse retomber. Il hausse les épaules, puis un sourire amer passe sur sa figure.) Et moi qui planais làhaut avec mon pardon… dans les idées, dans les mots… Voilà la réponse de la vie. (Il la contemple.) Arrivée au bout du calvaire, ses forces l’ont tout à coup abandonnée, la malheureuse ! Et elle repose enfin !

(La porte s’ouvre. Riquet et Marthon apparaissent en courant.)