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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/315

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CHARLOTTE.

Pas ça !… J’ai déjà entendu cette phrase dans votre bouche…


ARTANEZZO.

Elle est vraie, cette fois…


CHARLOTTE.

Il n’y a rien au monde de plus bas, entendez-vous, de plus vil, que de faire ce que vous faites ! Prendre le cœur d’une femme dans toute sa naïveté, avec toute sa bonne foi, pour le monnayer, pour en tirer de l’argent et faire suer l’angoisse… Ce que j’éprouvais, moi, monsieur, c’était si beau, si bien ! Ah ! tenez, je voudrais être homme pour vous tenir cinq minutes par la gorge, dans le coin de cette chambre…


ARTANEZZO.

Je vous certifie, madame, que je ne suis pas l’homme que vous croyez. Je reconnais que vous pouvez interpréter ma présence ici, en ce moment, dans le sens que vous voulez… pourtant, que voulez-vous, je ne puis dire que cela pour me défendre !… Vous vous trompez !


CHARLOTTE.

Alors, que seriez-vous venu faire ? Vous allez dire que vous voulez me perdre par amour, que vous allez me vendre par vengeance… Ce ne serait pas moins vil !…


ARTANEZZO.

Non plus ! Vous voyez trop loin, madame.