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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/268

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CHARLOTTE, (la voix vague.)

Crois bien que, si je disposais de cette somme, bien volontiers, je la mettrais…


ARTANEZZO.

Tais-toi, tais-toi… Tu es folle, voyons ! Je ne mange pas de ce pain-là ! Non ! j’attendrai l’envoi de fonds de mon père, voilà tout… Trois semaines, ce n’est pas le Pérou ! Évidemment, tu pars dans quinze jours, j’aurais voulu te rejoindre à Grasse, tout de suite, liquider la situation et partir, être heureux près de toi, ma chérie ! Enfin, tant pis ! Est-ce assez misérable et stupide, ces questions d’argent ! Comme cela salit !… Et dire que cet Herschenn qui est là, dans la salle de jeux, s’il avait eu un peu plus d’estomac…

(Il lui a pris la main en parlant. Un silence.)

CHARLOTTE, (la voix contractée.)

Pourquoi regardes-tu mes mains comme ça ? À quoi penses-tu ? Ce sont mes bagues… mes bagues que tu regardes ?


ARTANEZZO.

Je pense que je possédais, monté en épingle de cravate, un diamant presque aussi beau que celui-là, pas tout à fait, moins pur… Si je l’avais encore ! Mais je m’en suis débarrassé… Je ne porte pas de bijoux, c’est rasta. Si je l’avais encore, je n’aurais même pas eu à l’engager… je l’aurais montré à Herschenn.