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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/254

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soir, je pleure dans ma chambre en y rentrant. Je fais mille serments de ne recommencer jamais, de rompre dès demain avec toi… je fais des vœux. Je regarde mes enfants ! Mon Dieu ! S’il allait leur arriver malheur !


ARTANEZZO.

Quelle superstition ! C’est absurde !


CHARLOTTE.

Sait-on jamais ! Je suis une femme ignoble ! Si ! Si ! Et de m’être donnée dans des conditions si invraisemblables, si physiques !… Car il n’y a pas à se faire d’illusion là-dessus ! Ah ! Charles… mon bel ami Charles ! Comme je te maudis, le soir… Je m’endors toujours en jurant de ne plus te parler, et puis, va te promener… Dès le premier regard que tu me lances à table, ou le matin, à l’établissement, ça y est. Brusquement, le cœur se déclanche et je me donne tout à coup au péché… Et le pire, c’est que ce n’est pas désagréable du tout.


ARTANEZZO.

Mais pourquoi t’embarrasser de remords ! Il n’y a pas de mal à aimer dans la vie ! Va donc, c’est du bon temps de pris.


CHARLOTTE.

Comme tu dis cela ! C’est effrayant comme tu me juges et la confiance que tu as en toi et dans le plaisir que tu donnes. On sent que tu te connais. Tu as une façon de poser les yeux… Dans notre pays, on appelle ça des câliniers… Tu as un petit