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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/253

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mais à trembler !… je ne pouvais même pas avaler ma salive… Je me suis laissé embrasser, c’est vrai, mais, je vous jure, je me suis laissé embrasser de terreur… Ah ! c’est que c’est tellement autre chose ! (Ils s’embrassent.) Ah ! oui, c’est autre chose ! même le baiser, figure-toi… J’ignorais les baisers, c’est-à-dire… enfin, tu me comprends… Ceux-là… ce ne sont pas des baisers chrétiens.


ARTANEZZO.

Cependant ton mari ?


CHARLOTTE.

Non. Une fois, j’avais été embrassée ainsi et j’en avais éprouvé une horreur indicible. Oui, un jour un homme qui était épris de moi, brusquement, derrière une porte, s’est permis… Au fond, cet imbécile, je le sens maintenant, s’était contenté, de mettre un peu de passion dans son étreinte, mais j’en avais éprouvé une répulsion, un dégoût sans bornes ! Il me faisait l’effet d’un fou, d’un malade !… Hélas ! maintenant…


ARTANEZZO.

Ah ! quand je t’ai vue, du premier coup d’œil, je ne m’étais pas trompé là-dessus. Une femme vraiment honnête, ça se sent.


CHARLOTTE.

Ça, je l’étais, oh ! je l’étais !… Tu ne peux pas savoir à quel point. Et, maintenant, je suis une femme perdue… j’ai des remords effroyables… le