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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/180

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LOLETTE, (lui prenant le bras.)

Oh ! mais ce n’est pas possible tout de même ! Vous voyez bien… il a pitié !… Vous n’allez pas me le prendre… Vous allez me le laisser. Vous n’avez pas idée de ce que vous faites !… Vous ne savez pas ce que ce serait pour moi, si je ne pouvais plus le caresser, l’aimer… être là… près de toi… prononcer ton nom, Pierrot, ce mot qui est le plus doux qu’il y ait au monde… et quand je rentrerai, le soir, dans la maison, je ne pourrai pas supporter l’idée que tu ne répondras plus !… Ne faites pas ça, ne faites pas ça !… Pitié ! Me voilà à genoux, madame, je ne crie plus, je ne menace plus, je supplie… Ayez pitié de moi !… Je ne peux pas vivre sans lui… que voulez-vous !… Faites-le pour moi ! Viens, Pierre, allons-nous-en. Viens, mon chéri… mon petit chou… Tu m’aimes bien encore un peu ? Viens, je t’en supplie… viens, chez nous, dis, rentrons…

(Elle est là, à genoux, la tête basse, la voix brisée. C’est une loque humaine. Bernier essaye de la relever. Elle résiste.)

LA PRINCESSE.

Je ne veux pas être la cause d’une telle tristesse… Monsieur Bernier, vous êtes libre !…


LOLETTE.

Tu vois, Pierre, elle-même le dit… C’était un mauvais rêve… Viens, viens !… C’est fini… rentrons. (Elle l’entraîne par le bras. La princesse prend le chapeau de Bernier sur la table et va le lui tendre. Bernier fait un léger signe négatif à la princesse qui n’échappe pas à Lolette. Elle se redresse dans un hurlement.)