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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/18

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ment ces forces continues qui s’imposent malgré tout, et avec lesquelles il faudra toujours compter, quoi qu’on puisse dire et faire.

Qui sait si, de la vénération des instincts, ne serait pas dérivée, non une barbarie comme on le croit, mais toute une civilisation morale qui serait parvenue peut-être à un faîte plus élevé que celui où nous sommes parvenus, et par des chemins plus rapides ? L’instinct aurait pu rectifier des directions faussées et néfastes dont le sentiment populaire lui attribue la responsabilité sans contrôle : exemple, la guerre qui passe pour une conséquence dérivée de l’instinct de conservation. La guerre est au contraire dérivée d’une perception acquise, diamétralement opposée à l’instinct de l’espèce. En effet, il n’est pas démontrable que dans la nature les individus d’une même espèce se soient collectivement acharnés à se détruire ; cette aberration est non pas un « barbarisme » mais une notion acquise, fonction même de la civilisation.

N’accumulons pas ici les arguments. Ce retour profitable vers nos origines mentales a d’ailleurs été le rêve utopique de quelques philosophes humanitaires. Sans remonter à ces utopies, il serait bon de consulter, de temps en temps, l’instinct, comme un régulateur des actions humaines ; parties de lui, spiritualisons ces actions, parce que la spiritualité est la fin suprême de la connaissance. L’évolution de la nature obéit incontestablement à un plan dont l’intelligence semble devoir être une des fins suprêmes : l’intelligence est un effet de l’évolution non sa cause ; elle se libère peu à peu des entraves de la matière, mais n’oublions jamais qu’elle en est directement issue. C’est