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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/166

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cela prendra une extension délicieuse. Ma richesse entière va s’employer à nous réaliser tous deux. Songe, nous réaliser tous deux, enfin !… J’ai hâte !… Nous avions une vie si incomplète tous les deux ! Cette promiscuité avec un vieillard est impossible pour un être comme moi… J’ai hâte de m’évader de ce monde plat et factice que j’ai recherché… et où j’étouffe. En avant !… Comme nous allons être heureux !


BERNIER.

Mais c’est bien ce qui est terrible !… Oui, la vie va être merveilleuse… je le sens, parbleu… et ce sont des chances folles, inespérées pour un artiste qu’un amour comme le tien transforme en demi-dieu !… Mais plus mon bonheur est grand, plus ce que je rejette dans l’ombre m’apparaît lamentable… Elle n’en sera pas, la pauvre fille !… Elle n’aura eu de moi que les jours mauvais.


LA PRINCESSE.

Tout de même, à la fin, c’est un peu excessif, cette pitié !… Songe à ce qu’elle était avant toi, où et comment tu l’as prise… les heureuses années que tu lui as procurées… la situation que, grâce à moi, à nous, elle aura du jour au lendemain. N’exagère pas, pourtant ! Elle aura fait un beau rêve et c’est toujours à moitié route qu’elle t’aura accompagné.


BERNIER.

Oui, comme les côtiers… tu sais, ces chevaux de renfort, qui font la côte de misère, qu’on attelle seulement pour la montée… Ils vous ont aidé de leur effort, et arrivés en haut, sur la route