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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/160

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LE PRINCE.

Tout vieux que je suis, j’ai été aimé… J’ai eu mes heures charmantes comme tout le monde. Là-haut, dans ma chambre, il y a le portrait de Mademoiselle Varadeuilles… dans la vôtre, vous avez mis celui de Madame de Dinan ; vous avez ici le plus cher témoignage de mon passé… Je veux, à ma mort, le sourire de toutes ces femmes, sur le mur… Il est des choses qu’aucune fortune ne peut acquérir !… Vous avez acheté une momie authentique, avec tous ses titres garantis, mais laissez le flacon où survit encore l’essence spiritualisée… Pas un mot de plus, voulez-vous ?


LA PRINCESSE.

Oui, vous m’avez vendu votre nom… Je vous le rends… Tout cela est très clair, et ne comportait pas tant de phrases !… De quoi vous plaignez-vous ? Vous avez fait un placement de père de famille…


LE PRINCE, (retrouvant un sourire.)

Hélas ! dans mon cas, ce n’était qu’un placement de fils de famille !… Mais, je ne me plains pas… je vous remercie, chère amie… et regrette, pour ma part, que quelque aigreur soit survenue dans nos excellents rapports, à l’heure même où nous paraissions le couple le plus délicieusement désuni de Paris (Il lui baise la main.) Maître Rivet voudra bien ne pas s’en souvenir, n’est-ce pas ?


MAÎTRE RIVET, (le nez dans ses papiers.)

Oh ! monsieur le prince, je ne suis qu’un homme d’affaires… Je n’entends que le français de justice…

(On frappe.)