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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/152

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qu’il advienne, je suis assuré de fumer jusqu’à mon dernier jour ces excellentes et coûteuses cigarettes d’Orient… et, quant au sourire qui accompagne la cigarette, nul ne pourra en savourer, comme moi, la signification de mépris qu’il a pour les autres, et pour moi, avant tous les autres !… Que cette petite leçon de savoir-vivre vous serve à quelque chose… elle vaudrait la peine, alors, de vous l’avoir donnée, — sans grande illusion…


LOLETTE, (se redressant avec énergie et l’œil plein de défi et de courage.)

Chacun a sa manière, n’est-ce pas ?… Moi, je suis résolue à vendre chèrement ma vie… J’agirai… Ma peau m’est égale… j’ai marché dans la misère ; ça me connaît… Mais mon cœur, je vais le défendre.


LE PRINCE, (se levant, sèchement.)

À votre guise. Écourtons cette conversation, je vous prie. Il ne faut pas trop me fatiguer, madame. Étant très vieux, je dois ménager mes forces. Songez que, quand vous serez encore en pleine vie — et je vous la souhaite heureuse et bien comprise —, je ne ferai plus partie des petites joies de ce monde… Allons, adieu, madame, et bonne chance.


LOLETTE.

Adieu, monsieur.


LE PRINCE, (la reconduisant.)

Et, croyez-moi, pas de bruit, pas de bruit… Les intérêts d’abord, rien que les intérêts…


LOLETTE.

Je suis entrée par le faubourg Saint-Honoré, mais je crois bien me souvenir, étant venue poser,