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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/133

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LOLETTE.

C’est drôle… que se passe-t-il ici ?… On dirait que tout se retourne contre moi, ce soir… que tout est combiné… Je fais ce que je peux pourtant… Qu’est-ce qu’il y a ? qu’est-ce qu’il y a ?


MADAME GARZIN.

Eh bien, en voilà des idées d’onze heures du soir, par exemple !…


LOLETTE.

Je viens de me sentir tout à coup seule… oh ! mais seule !… Il y a quelque chose qui m’échappe… le sens de ce qui se fait… de ce qui se passe ici, autour de moi… Je viens d’éprouver comme quand on est grise un peu et que ça s’en va… On voit rire, remuer, et on est seule… seule…


MADAME GARZIN.

C’est de la fatigue… J’éprouve ces choses-là quelquefois moi dans les grands magasins… ou dans le Métro…


LOLETTE.

Il me semble, depuis une demi-heure, que je ne suis plus chez moi, que je me donne du mal pour rien, qu’on se moque de moi… J’ai honte de moi… On ricanait tout à l’heure ?… Ça ne marche pas, hein ?…


MADAME GARZIN.

Mais si… Pourquoi ça ne marcherait-il pas ?


LOLETTE.

Je ne sais plus moi !… Je voudrais aller me coucher… J’en ai assez… Ah ! zut !… Je vais pleurer.

(On vient d’applaudir. C’est la fin des danses. Isadora Lorenz sort à pas vifs.)