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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/109

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GARZIN.

Mon petit… la nature, rien que ce qui est naturel, pour nous autres, les artistes !… Il n’y a que ça de beau ! Il faut aller à la femme nature, à la morale naturelle, comme nous allons au motif, au ciel, à l’arbre. Le reste, les préjugés, les conventions, tout ce qui a faussé le sens de la vie, ce n’est pas pour nous !… Respecte, au contraire, toi, chez ta petite femme, tout ce qu’il y a en elle de maladroit, de naïf, de nu… Elle est charmante, parce qu’il n’y a rien de plus joli, au monde, que les instinctifs. Va donc, va ! Elle est la leçon et toi l’élève.


BERNIER.

Pas sûr !…


GARZIN.

Et puis, si, à cause de cet instinct mal dirigé, ça ne s’accordait pas, tout de même, entre vous, si, un jour, elle t’agace trop ou t’attriste, viens donc chez nous, à Cavalère, passer quelques jours avec elle. Nous monterons sur la montagne de lavande, tous les trois, nous et elle ; on la collera contre un pin, un grand pin bleu que je connais… et on la regardera… longtemps… comme ça… s’harmoniser avec le paysage… avec tout… et puis on rentrera… et ça y sera… tu auras compris… Et le soir venu, tu l’embrasseras… Garde-la, va ! C’est la femme qu’il te faut. Et puis, maintenant, viens voir les absurdités, viens donc, viens !

(Tout doucement, avec un petit air finaud et goguenard, il rentre dans l’atelier.)