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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/92

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il n’y a qu’à étendre la main… Cela procure une petite ombre… pas bien grande, mais on y peut vivre. Voyons, avouez… avouez que j’ai raison…


LECHÂTELIER.

Évidemment !… C’est très louable, tout cela… mais bien peu boulevardier ! Vous arrrivez à une époque où ces valeurs-là sont fichtrement en baisse sur le marché !… Ma vieille expérience, que je vous ai si sottement montrée tout à l’heure, s’en effare un peu… Les jeunes filles que je reçois, ou dont j’entends parler, jouent au bridge avec leur confesseur. Alors, n’est-ce pas… de vous à elles il y a de la marge !… En tout cas, il ressort de votre attitude une chose indéniable : que vous êtes une personne très au-dessus de la moyenne. De plus, vous m’avez donné, et avec une certaine maestria, une sacrée leçon de savoir-vivre, vous, la provinciale, au vieux Parisien que je suis… C’est une magistrale roulée…

(Lechâtelier se lève.)

GRÂCE.

Allez donc, monsieur, et ne péchez plus… Soyez sûr que je ne raconterai pas à votre charmante femme la bizarre démarche que vous venez de faire… Cette visite restera entre nous deux… je vous le promets…


LECHÂTELIER, (avec un geste vague.)

Oh ! vous savez…


GRÂCE.

Oui, vous devez l’avoir rendue souvent malheureuse, cette pauvre Suzanne !…