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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/298

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ROSINE.

Oui… vers minuit, chez Maxim’s… après quelques cherry-goblers.


BOUDIER.

Pas du tout… Il a de l’âme, chère madame, de l’âme !… Comprenez-vous ? Vous me diriez que c’est un malheur qui peut arriver à tout le monde… D’accord ; mais, quand on a de l’âme, madame, c’est tellement embarrassant ! Votre vie oscille entre le génie et le crétinisme. Les uns disent de vous : « C’est une poire ! » les autres : « C’est un homme admirable ! » Au fond, personne n’est fixé… Lui, Didier, est de ceux qui cachent tout, par prudence… Comme ça, tout le monde est content !… Ah ! si vous saviez ! C’est qu’il y a tant de gens dans la vie qui n’ont pas l’occasion de découvrir leur intelligence ou leur finesse !… On croit, la plupart du temps, vivre avec des imbéciles, on vit avec des méconnus !… Tant pis ! j’ai lâché le paquet. C’eût été trop bête, pouvant vous rendre ce service-là, de me taire, avouez-le ?… Hé, le diable m’emporte, je crois que j’ai bien fait de passer par là, moi !… Dire que je devais repartir hier pour Lyon au lieu de ce soir… Croyez-vous !… À quoi tient la vie !


ROSINE, (suffoquée.)

Ça, par exemple ! Ça, par exemple !… Êtes-vous sûr qu’il ne se soit pas payé votre tête ? Poliche ? Hein ?… j’en tombe des nues… Intelligent, ça il l’est… et il pense encore en dessous plus de choses qu’il n’en dit, je le sais… C’est un finaud !… Mais,