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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/268

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Je venais juste de tomber sur un baiser en pleine bouche, moustache dans les lèvres, tu devines de qui. Et j’étais là, en mitron, la cuiller en bois à la main. J’arrivais pour montrer ma bonne touche, moi !… J’allais pousser un cri de fureur, de rage… Heureusement, mes yeux ont regardé Rosine… Ses sourcils me regardaient, c’est le mot, oui. Ses sourcils froncés d’une façon spéciale et terrible que je connais. En une seconde j’ai, par providence, senti que j’étais perdu si j’intervenais comme amant… Le passé, le présent, l’avenir, tout, j’ai tout vu dans ce regard. Une gaffe, et j’étais perdu à jamais… Et alors, j’ai improvisé une scène grotesque et burlesque. L’homme m’a pris pour un sinistre pied plat… mais Rosine souriait, Rosine souriait !… Elle m’avait pardonné mon existence. C’est égal, je venais de l’échapper belle !


BOUDIER.

Et maintenant, ils… elle ?…


POLICHE.

Oh ! sans aucun doute possible.


BOUDIER.

Ah ! Et tu n’as pas bougé ?


POLICHE.

Non… Je m’absente le plus que je peux… On croit à la discrétion ici…


BOUDIER.

Et que comptes-tu faire ?