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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/262

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POLICHE.

Oui… il y a un an. !… Tout de suite, des amis m’ont présenté dans différents mondes… Alors, un soir, chez des gens assez chics, un peu tarés… où l’on bâillait ferme autour de quelques tables de poker, je vis Rosine…

(Silence.)

BOUDIER.

Eh bien ?


POLICHE.

Ça ne te dit rien, à toi, ces simples mots ?… Eh bien, je vis Rosine… et tout de suite je tombai amoureux fou d’elle… C’est simple. Paris n’était qu’elle. Le monde se réduisait à elle. Sa beauté superbe, attirante, le seul bruit de sa robe dans un couloir de théâtre ou de restaurant me donnaient une émotion inouïe… J’essayai de la connaître… Je me fis présenter… Mais, tout de suite je sentis l’irrémédiable antipathie de Rosine, ou, plutôt, sa morne indifférence, cette sorte d’indifférence haineuse du regard, tu sais, à quoi se reconnaît l’impossibilité radicale et qui vous range dans la catégorie des sales types !… Rien à faire !… Je n’insistai pas. D’ailleurs, cette viveuse, élégante, bruyante et éprise — je le savais par des indiscrétions — de gentlemen distingués, hauts en cravate et pâles en couleurs, m’effrayait énormément. J’étais médusé, terrorisé par elle… Et ça dure toujours, d’ailleurs ! Elle m’intimide, que veux-tu ? J’avale ma salive en lui parlant… Un jour, dans un dîner où elle était, je lançai tout haut une grosse plaisanterie qui porta beaucoup… On m’en félicita… J’aperçus le regard de Rosine posé sur moi…