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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/23

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s’exclame de suite.) Tu n’as pas trop changé, tu sais, Grâce… Et moi ?


GRÂCE.

Toi non plus. Tu es plus belle… plus… intimidante… Tu as toujours les mêmes yeux. (Vivement.) Je vais t’expliquer… Je me suis permis de ne pas venir seule… J’ai préféré être franche avec toi… Je viens te demander un service… Comme je t’ai toujours connue si bonne, si intelligente, au couvent… je me suis dit : mieux vaut ne pas y aller par quatre chemins…


SUZANNE, (plus froide.)

Assieds-toi… Asseyez-vous, monsieur.


CLAUDE, (qui est resté dissimulé derrière Grâce en roulant le bord de son chapeau, avec un sourire contraint.)

Mais madame ne peut peut-être pas nous écouter.


GRÂCE, (s’asseyant.)

Tu as du monde à dîner ? Je ne reste qu’un instant… Je te remercie de m’avoir reçue…


SUZANNE, (avec un ton réservé.)

Oh ! j’ai le temps… Nous avons été liées d’une si bonne, si profonde amitié de jeunes filles… La vie, l’éloignement, nous ont séparées… Je l’ai souvent regretté. Tu vois, j’étais si peu au courant de ta vie que je te croyais encore à Aix… Sœur Marie-Paul, avec laquelle je suis restée en correspondance, me l’avait écrit du moins…


GRÂCE.

J’y étais encore il y a huit jours…