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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/167

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MADEMOISELLE AIMÉE.

Non… Figurez-vous qu’il y a quinze jours, je lui ai dit : « Eh bien, décidément, non… Restons bons amis. Je ne crois pas vous aimer assez »… Il a paru avoir du chagrin… Il m’a dit qu’il épouserait alors une autre jeune fille qu’il connaissait… et nous nous sommes séparés dans la rue… Croyez-vous ? (Riant.) J’aurais pu être ministresse !… Mais que voulez-vous !… Il était écrit que je finirais dans la peau d’une vieille employée. C’est si chanceux le bonheur !… J’ai tout de même peut-être fait une grande bêtise… Qu’en pensez-vous ?


GRÂCE.

Ah ! Aimée, petite Aimée !… c’est vous la vraie héroïne !… Nous autres, nous ne sommes que des moitiés d’héroïnes, des ratées !… Je me souviens de votre mot sublime quand je vous ai demandé pourquoi vous ne vous donniez pas à un homme… Vous avez répondu : « Je ne sais pas… » Je ne sais pas ! Voilà le plus beau mot, tenez !… Voilà le secret des plus belles actions, voilà la clef qui ouvre tous les paradis !… Dès qu’on sait pourquoi, c’est fini !… Et alors vous voilà seule, et sans regret de votre décision… sans regret aucun ?…


MADEMOISELLE AIMÉE, (riant.)

Ma foi non, tant pis !… Il faut en prendre gaiement son parti… La tâche au jour le jour n’est pas si ennuyeuse… Tenez, il fait beau… je vais aller à pied jusqu’à Montmartre, aujourd’hui…