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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/165

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MADEMOISELLE AIMÉE.

Pas quand elles ont aimé, non… Certaines, pourtant, pleurent… Alors, c’est qu’un mauvais souvenir est attaché à cette naissance-là… Il y en a qui ont des yeux méchants en vous regardant… des filles-mères généralement… Pourtant l’enfant les console toujours à la longue… avec ses petits bras.


GRÂCE, (les poings au menton.)

Pas une, pas une n’oppose le refus, le refus à la nature d’être encore une fois son esclave, sa servante toujours, et de perpétuer l’image d’une vie stupide et ridicule… Pour certaines, pourtant, l’enfant, c’est le désastre final… c’est la vie ineffaçable… Que faire ?… Que devenir ?


MADEMOISELLE AIMÉE.

Il doit y en avoir de ces malheureuses, à coup sûr ; mais je ne les connais pas… J’arrive toujours après la naissance !


GRÂCE.

C’est que vous ne les voyez pas, ce n’est pas possible, ces filles qui portent à jamais le fruit d’un amour détruit… Non, non, vous passez comme un petit ange au pied léger, ignorante du grand mystère de l’amour, au milieu de tous ces désastres… Vous ne voyez pas le fond des cœurs, c’est sûr. Vous n’entendez pas la malédiction du soir !


MADEMOISELLE AIMÉE.

C’est possible… Mais j’entends quelquefois, en