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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/152

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LECHÂTELIER.

Orgueilleuse ! comme elle est encore chrétienne, en effet, cette chasteté palpitante !… Mais, en admettant que la moitié des femmes souffrent, au fond d’elles-mêmes, d’un premier gâchage irréparable, qu’importe ce faux départ, s’il devait vous conduire vers l’homme auquel vous étiez destinée !…


GRÂCE.

Des femmes de ma lignée n’appartiennent qu’à un seul homme, monsieur !… C’est l’unique châtiment dont elles disposent contre elles-mêmes.


LECHÂTELIER.

Allons donc ! Croyez-vous que si nous n’étions pas faits l’un pour l’autre, les choses se seraient passées ainsi ? Tenez, le jour, vous entendez, le jour où je me suis présenté stupidement, dans votre petite chambre de grisette, si quelque chose de plus fort que nous n’avait pas palpité, dès notre premier regard, à notre insu, vous m’auriez tout simplement jeté à la porte, sans un mot !… Non, il y a eu entre nous comme un crépitement de coquetterie obscure…


GRÂCE.

Ce n’est pas vrai !…


LECHÂTELIER.

Si, mille fois si ! et vous le sentez bien… Déjà quelque chose d’invincible nous poussait l’un vers l’autre dès le premier regard… Et ici vous avez cru venir par devoir, vous êtes venue par sympathie, sans vous en douter… Si, si, voilà ce que