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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/125

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SUZANNE.

Pauvre enfant ! C’est une robe à moi que je lui ai fait arranger par la femme de chambre. Elle vit sur son fonds de toilette de jeune fille ; c’est minable. Et il faut tant de précautions pour lui faire accepter quoi que ce soit !… Il est plus aisé de lui faire accepter une robe que de l’argent…


CLOZIÈRES.

C’est drôle, la vie… Qui dirait, à voir cette femme ainsi ce soir, chez vous, qu’elle cache un pareil mystère…


LECHÂTELIER.

Ah ! mon cher… le mystère de chacun !… Dans des salons de province, tu n’as pas rencontré de ces jeunes personnes à l’air indifférent et réservé, sur lesquelles rien n’appelle l’attention ?… On les interroge distraitement. « Et vous, mademoiselle ? » Elles vous répondent, de l’air le plus naturel, des choses de ce genre, par exemple : « Moi, monsieur, j’entre au couvent de Sion la semaine prochaine, ou aux Carmélites », sans que rien ne décèle chez elles une résolution aussi extraordinaire…


SUZANNE.

Ce sont des femmes qui conservent dans le pli des robes du grand faiseur tout le premier parfum du mois de Marie…


LECHÂTELIER.

Voilà, tiens !… Mademoiselle Grâce de Plessans est une chrétienne.