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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/76

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crier : Catherine ! Catherine ! c’est moi !… me reconnais-tu ?


NIKHINE, cherchant à l'entraîner.

Allons, venez !


NEKLUDOFF, résistant, agité au possible.

Et cette accusation stupide, finalement !… Sont-ils bêtes ! Non !… Empoisonner ce passant anonyme ! Pourquoi ?… Mais n’y eut-il que l’effroi de son regard pour prouver son innocence… son regard de pauvre bête traquée !… Ah ! c’est affreux !… Que peut-elle penser à cette heure ? Peut-être a-t-elle évoqué mon image dans son désespoir !… Et ne rien pouvoir !… Elle va entendre cette condamnation, la malheureuse, et elle ne pourra pas même crier… elle va se débattre contre ces murs affreux, seule, seule… Oh ! que cela finisse, pour Dieu !


NIKHINE.

N’y pensez pas… Votre visage est tout bouleversé.


NEKLUDOFF, mordant sa moustache.

J’ai éprouvé déjà une sensation analogue à celle que j’éprouve, Nikhine, je me souviens… à la chasse, des fois… lorsqu’il fallait achever un oiseau blessé… une impression faite de pitié et de chagrin… L’oiseau est là ; il se débat dans la carnassière, on entend l’atroce battement de ses ailes. Alors on plonge la main au hasard ; on le plaint, on hésite, en même temps, on voudrait l’achever